En seulement quatre années de carrière, Jimi Hendrix a boulversé l'univers du rock comme de la guitare.

En seulement quatre années de carrière, Jimi Hendrix a boulversé les univers du rock et de la guitare. Pour le meilleur et pour le meilleur.

JIMI HENDRIX ; LE VOODOO CHILD BENI DE LA GUITARE

 

JOHNNY ALLEN HENDRIX aka. JAMES MARSHALL HENDRIX aka. JIMI HENDRIX – 1942-1970

 

Premières années du Voodoo child

Le petit Johnny Allen naît le 27 novembre 1942. Ses jeunes années ont de quoi donner le blues. Les parents sont absents ; maman a 16 ans et est alcoolique, incapable de s’occuper de l’enfant et papa est réserviste, retenu par ses obligations militaires (nous somme en plein seconde guerre mondiale, rappelons-le). C’est à la fin de la guerre qu’il voit son fils pour la première fois, à sa sortie de caserne, il se met en ménage avec la mère de Jimbo et rebaptise le petit James Marshall; les problèmes de boissons de papa et maman, les disputes incessantes et les cris bercent le quotidien de Jim.

Il perd sa mère à 11 ans, Papa s’occupe de lui, un enfer ! C’est certainement cette enfance terrible qui donnera à James la rage, l’envie de s’envoler, de devenir musicien et de tout laisser derrière lui. Le premier instrument du petit James est l’harmonica, il a 4 ans et s’en lasse très vite. Viennent ensuite un balai et un ukulélé à une seule corde, instruments de fortune (ou d’infortune).

C’est à 15 ans que James touche sa première guitare; offerte par son père, une vieille guitare acoustique achetée 5 dollars. James est obsédé par la musique ; il veut devenir musicien coute que coute ; autodidacte, il emploi tout son temps libre à la guitare ; met l’école de côté et suit son rêve, véritable rêve américain. A Seattle s’est possible, c’est le nord, la ségrégation ne gangrène pas les échanges entre les différentes communautés. Déjà ce n’est plus James mais Jimmy.

Son premier groupe de Rock s’appelle les Velvetones, viennent ensuite les Rocking Kings. Il joue sur sa première guitare électrique, une Supro Ozark 1560S.

 

Into the wild

La prison ou la caserne ? James préfère la seconde option et s’engage dans l’armée, où il fera une heureuse rencontre, Billy Cox, celui qui sera son premier (et son dernier) bassiste. Jimi n’est pas cousu pour l’uniforme et simule un mauvais saut en parachute afin d’échapper à la vie de soldat; il retourne à la ville, à New York cette fois. Musicien de session et de studio, c’est un guitariste blues prometteur. En 1965 il joue déjà avec Little Richards et Mike et Tina Turner.

Trop brillant, se met trop en avant, improvise ; born to be wild le Jimbo ou tout simplement taillé pour une carrière solo. Comme il faut bien vivre, il signe pour trois ans avec un petit groupe newyorkais un contrat désastreux. Leader de son groupe en 1966, Jimmy a déjà un jeu de guitare remarquable et remarqué : il joue fort, juste avec une Fender Sratocaster, un ampli Twin et une pédale Maestro FuzzTone. Il joue bien, incroyablement bien. On le repère.

Ce n’est plus Jimmy mais Jimi (démarque toi, fils, lui conseille son nouveau manager). Jimi accepte d’enregistrer un premier album solo à Londres, à une seule condition, il demande à jouer avec Clapton, alors membre du groupe Cream (« je veux me mesurer au meilleur, sur son territoire »). En 1966, c’est un Jimi possédé qui partage la scène avec le groupe anglais. Virtuose et aussi performer ; il improvise, joue de sa guitare derrière la tête, avec les dents, se contorsionne ; c’est génial à entendre, incroyable à voir.

 

The Jimi Hendrix Experience

Fraichement arrivé à Londres, Jimi doit produire son album. Il lui faut des musiciens à sa mesure ; à sa démesure devrait-on dire. L’expérience avec Cream donne envie à Hendrix de jouer en trio ; formation prisée par les musiciens jazz qui a pour avantage de laisser à tous les membres un espace d’expression appréciable. Le guitariste des Animals (Noel Redding) devient son bassiste alors qu’un parfait inconnu, Mitch Mitchel, prend la batterie. C’est Johnny Hallyday, bluffé par Jimi Hendrix, qui va proposer au trio de s’entrainer en France en assurant à quatre reprises ses premières parties (Europe 1 a même enregistré l’une de ces des dates).

 

Are You Experienced ?

Le 16 décembre 1966, The Jimi Hendrix Experience sort leur premier single, Hey Joe, une composition bluesy attribuée à Billy Roberts que Jimi interprétait déjà dans les bars de Greenwich Village à New York. Le 26 décembre Jimi compose Purple Haze dans les backstages d’un club de Londres, la chanson est publiée le 17 mars 1967. Ce morceau installe The Jimi Hendrix Experience à la troisième place des charts UK tout en montrant que Jimi est autant un instrumentiste génial, qui agrémente ses production d’effets inédits pour l’époque qu’auteur-compositeur brillant. D’une pierre trois coups. Ces morceaux figurent sur un des albums les plus emblématiques du rock psychédélique. Succès Immédiat ; en UK sorti le 12 mai 1967. Classé 2e dans les charts, derrière Sgt Peppers des Beatles (monstre indétrônable à l’époque, ce qui est complétement compréhensible) ; les ventes sont excellentes des deux cotés de l’Atlantique. Aujourd’hui, dixit le magazine Rolling Stones, Are You Experienced est en 15e position des 500 plus grands albums de tous les temps.

 

Un artiste tout feu tout flamme

Le manager de Jimi le bride pendant l’enregistrement de l’album, c’est bien connu les morceaux expérimentaux ne sont pas vendeurs. CE qui n’empêche pas Jimi Hendrix d’être consacré dieu vivant de la guitare. Le 18 juin1967, lors du festival rock de Monterey, Jimi est taxé de frimeur par les autres musiciens, en fait-il trop ? Le public quant à lui attend du show, de la performance ; qu’à cela ne tienne, Jimi fracasse sa Strat sur scène avant de l’immoler et d’entrer en transe devant l’instrument enflammé (Pete Townshend des Who fracassait des guitares depuis quelques années).

 

Axis : Bold as Love : un album conçu pour le studio

A la fin des sixties, les nouvelles technologies et les nouvelles possibilités musicales conduisent plusieurs musiciens et groupes à l’époque à se désintéresser de la scène pour le studio. Les Beatles par exemple mais aussi The Jimi Hendrix Experience. A tel point que seul deux morceaux de leur deuxième album sont joués en public par le groupe. La maison de disques veut un nouvel album avant Noël, elle l’aura. L’album est enregistré en 16 jours. Axis Bold Of Love sort le premier décembre 1967; des titres courts, une guitare plus rythmique. On y retrouve entres autres une reprise de All Along the Watchover de Bob Dylan. C’est aussi un album où Hendrix s’autorise des explorations musicales à grands renforts d’effets (beaucoup de phasing par exemple).

Le deuxième album du trio de Jimi Hendrix; trip psychédélique et exploration musicale.

Le deuxième album du trio de Jimi Hendrix; trip psychédélique et exploration musicale.

On y trouve les morceaux d’anthologie If 6 was Nine & Little Wing. Pour l’anecdote, lesRolling Stones produisaient au même moment leur album Their Satanic Majesties Request dans le studio voisin ; ils assistaient parfois aux sessions de Jimi, muets d’admiration.

Electric Ladyland ; un produit late sixties high-tech

Ce troisième album du Jimi Hendrix Experience est publié le 25 octobre 1968 et enregistré entre Londres et NY. Electrique, ça oui il l’est : l’ambiance se dégrade entre Jimi et Chas, son manager, qui « quit », exaspéré, entre Jimi et Noel Redding aussi; le bassiste se trouve mis de côté et juge Jimi trop exigeant, éternellement insatisfait. Jusqu’à 43 prises nécessaires pour l’enregistrement d’un seul morceau, Jimi se met même à la basse, profondément mécontent de Noel. Bon an-mal an, le maxi est génial, unanimement génial. Jimi utilise au maximum les nouvelles technologies d’enregistrement de l’époque et invite plusieurs musiciens à collaborer sur le projet.

Le troisième album studio de Jimi Hendrix et le dernier de The Jimi Hendrix Experience.

Le troisième album studio de Jimi Hendrix et le dernier de The Jimi Hendrix Experience.

C’est un disque acid rock et rock psychédélique, normal pour l’époque me direz-vous. Il se place 6e sur les charts UK et sur les 1er charts US à sa sortie.

 

La fin de l’Experience

This is the end, my only friend. Les rapports au sein de The Experience continue de se dégrader, le groupe finit par se séparer le 29 juin 1969. Qu’importe, un nouveau groupe et nouveau projet voient le jour à peine quelques jours plus tard; le Gypsy Sun & Rainbows ; une deuxième guitare, deux percussionnistes et un batteur. Le groupe est invité au festival de Woodstock les 15, 16 et 17 août : trois jours de paix et de musique. Hendrix joue le dernier jour, au matin, alors que le soleil se lève sur la foule déjà éparse. Le concert est génial, un pur moment d’improvisation de musique rock, et toujours cette approche révolutionnaire de la guitare. Sans parler du message politique que parvient à exprimer Hendrix, véritable coup de maître ! Alors que la guerre du Viêt-Nam fait rage, il interprète l’hymne américain et imite les sons de fusils mitrailleurs à la guitare. Chapeau Jimbo. Ce ne sera pas suffisant, le groupe se sépare, peu productif.

 

Une nouvelle bande de gitans et un nouvel album

Jimi Hendrix crée une nouvelle formation… plus funk, plus proche du free-jazz, plus libre. Jimi enregistre son dernier album achevé, Band Of Gypsies, un album live. Plus proche du blues, on retrouve aussi des influences majeures rock-funk et jazz-rock. (pour l’anecdote Miles Davis The Great adorait cet album). Verdict ? Une partie de la critique est déçue, une autre encense le maxi. Le concert de promo du disque, le dernier de Jimi Hendrix au Madison Square Garden à NY est unanimement catastrophique. Le guitariste, pourtant coutumier des substances psychotropes a consommé une dose de LSD telle qu’il est incapable d’aligner deux notes ; après trois morceaux massacrés et quelques échanges improbables avec le public, il disparaît dans la nuit, sa guitare à la main, laissant le soin aux autres membres du groupe de gérer la foule et la presse. Malaise général. La Band of Gypsies ne survivra pas à ce concert. Pour Jimi, se sera par contre une renaissance ou les misères et splendeurs du LSD.

 

Fin 1970, kissing the sky

Nouveau groupe, dernière tournée américaine et enregistrement inachevé d’un 5e album. Jimi reprend sa carrière en main, en studio la semaine et sur la scène le weekend. Il a retrouvé son ancien batteur Mitchel et son premier bassiste, Billy Cox. Le travail de Jimi est bien plus assis, plus structuré ; il aborde les sessions plus sérieusement, n’invite plus tout New York à assister aux enregistrements. De facto, pour jouir d’une totale d’indépendance, il s’achète son propre studio d’enregistrement à NY. Pour le financer, Jimi est néanmoins contraint d’accepter une tournée européenne. Le cœur n’y est pas, le groupe enchaîne les dates, les concerts passent et se ressemblent. Jimi est absent semble-il, dans la brume violette.

L'une des photos prises lors de la dernière séance de Jimi. "Now there's a look in your eyes, like black holes in the sky".

L’une des photos prises lors de la dernière séance de Jimi. « Now there’s a look in your eyes, like black holes in the sky », si je puis me permettre.

Drogues, alcool et dépression tourmentent le génie qui, lors d’une interview lâche même cette terrible phrase, « Je ne suis pas sûr d’atteindre mes 28 ans. Je veux dire qu’au moment où je sentirai que musicalement je n’ai plus rien à donner, je ne serai plus de ce monde ». Jimi rentre à Londres, les problèmes de santé de son bassiste imposant au groupe d’interrompre leur tournée. Interviews, musique entre amis et séance de photos pour l’album à venir… tout se passe normalement. Le matin du 18 septembre, Jimi a pourtant rejoint le très select club des 27 ; on retrouve son corps inanimé dans une chambre d’hôtel londonienne ; un mauvais cocktail, barbituriques et alcool, certains vont même jusqu’à envisager la piste de l’assassinat, aujourd’hui encore plane le doute. Jimi est enterré dans sa ville natale, Seattle. Sa carrière internationale ne dura que quatre ans, quatre années qui marquèrent à jamais l’univers du rock et de la guitare. Virtuose géniale, visionnaire, Jimi Hendrix était trop brut pour les carcans imposés par la société moderne et trop pur pour les artifices de l’industrie du disque.

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